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culture

Culture

Structure

Intro

Malgré la suppression des sultanats, l'avènement de la colonisation et l'indépendance n'ont pas modifié en profondeur les structures sociales traditionnelles. Au contraire, dans les villages, les populations renforcèrent les groupes statutaires traditionnels.

La société villageoise se répartit en groupes statutaires reliés aux classes d'âges; la progression dans cette hiérarchie dépend de l'accomplissement des diverses obligations coutumières et des dépenses afférentes plutôt que de l'âge seul. On trouve en effet des adultes dans les groupes dévolus théoriquement aux enfants, lorsque ces derniers n'ont pas eu les moyens de s'acquitter des dépenses que chaque changement de grade nécessite. Ces groupes sont les cadres appropriés pour l'épanouissement moral et matériel de l'individu dans la société. La distinction fondamentale repose sur l'accomplissement du 'ndola nkuu'(grand-mariage), aussi appelé coutume ou tradition, ânda. Institution fondamentale de la société comorienne, le grand-mariage réglemente l'échange de toute une série de dons et contre dons et confère à celui qui l'accomplit un statut honorable dans la société. Il engage non seulement les conjoints mais aussi leurs familles, leurs amis, voire les habitants de toute une contrée. Il est réalisé en plusieurs étapes qui s'échelonnent pendant presque toute la durée de la vie du postulant et qui diffèrent dans leurs modalités et dans leur importance selon les villages. Cette durée depend aussi des moyens dont disposent les conjoints.

Ces diverses prestations sociales visent un seul objectif l'honneur Ou 'Sheo'. Tout en alourdissant les charges, ce système de stratification sociale s'amplifie de jour en jour et suscite une competition aussi bien a l'intérieur qu'à l'extérieur des groupes. Lampleur de la cérémonie et les dépenses réalisées pour cette occasion determinent d'une manière générale, la position sociale des individus.

Jusqu'à ce qu'ils entament le cycle du grand-mariage, les jeunes garçons appartiennent au 'una-mdji'(jeunesse du village). Une fois celui-ci commencé, les hommes relèvent de la catégorie à vocation transitoire des guzi, avant d'accéder au 'undru-udzima'(classe des hommes entiers). Les deux catégories du una-mdji et du undru-udzima se subdivisent à leur tour en sous catégories.

Jeunesse

Le unamdji comprend différents hirimu(classes d'âge hiérarchisées). La montée dépend à la fois de l'âge mais aussi de l'accomplissement de certaines obligations coutumières qui consistent en festins offerts et ne sont donc pas toujours à la portée des familles. Le passage s'effectue par groupe.

Le groupe des 'mshondjé' constitue le noyau de base du unamdji. Il est chargé de toutes les tâches subalternes du village. Il regroupe en principe les jeunes garçons âgés de huit à quinze ans. Première étape dans la carrière des honneurs, ce hirimu a aussi pour rôle principal l'initiation du jeune adolescent à la vie communautaire. Ainsi les mshondjé apprennent-ils, par les multiples tâches qu'ils assument (ramassage des ordures sur bangwe, annonce des décès, exécution de tous les ordres des aînés, etc.), les notions élémentaires de la gestion quotidienne du village.

Le groupe des 'mzugua' vient immédiatement après celui des mshondjé. Âgés théoriquement de quinze à vingt cinq ans, ils se chargent, entre autres, de la fabrication des instruments de musique et de l'animation culturelle, aux grandes heures des réjouissances populaires. Ils peuvent se moquer des gens qui les auraient mal accueillis et sont pour cela craints des villageois. Ce sont eux qui déclenchent les procédures de prise de pouvoir qui font décaler les groupes d'âge sur les échelons.Le groupe des 'mfomanamdji'(rois des enfants du village), est le hirimu le plus élevé du unamdji. Il comprend théoriquement les jeunes hommes âgés de 25 à 40 ans. Ce groupe est dirigé par trois chefs principaux: le 'mfomahirimu'(roi du birimu,chef du groupe), , un 'mkalimani'(orateur), un trésorier qui tient le 'benge' (deniers publics). C'est ce groupe qui prend les décisions importantes, engageant tous les mnamdji. Quand il y a des corvées, ils se chargent de la répartition des travaux et de leur exécution. Les mzugua, encore moins les mshondjé, ne peuvent, en aucune manière, remettre en cause leurs décisions. Ils leur doivent d'ailleurs soumission et obéissance. Lors des grands repas collectifs, les mfomanamdji se réservent les parts les plus abondantes.

C'est le père ou l'oncle maternel qui s'adresse officiellement au chef des mshondjé, pour demander l'adhésion au groupe d'un enfant. A cette occasion, un repas cérémoniel est offert à tous les mnamdji. Tout changement de catégorie nécessite l'accord des membres du groupe supérieur. Le moteur des changements est le groupe des mzugua. En effet, ceux-ci sont dans une situation intermédiaire et aspirent à devenir mfomanamdi. Mais parmi les mfomanamdji, rares sont ceux qui acceptent facilement le changement de statut proposé par les mzugua. En effet, cela les obligera à intégrer le groupe moins avantageux des guzi. Dans cette situation conflictuelle, chacun des deux groupes cherche des appuis parmi les adultes appartenant au undru-udzima; pour retarder l'échéance, les mfomanamdji n'hésitent pas à utiliser des dessous de table (mdruhura). Lorsque la demande de changement des status est acceptée aussi bien par les uns que par les autres, les mshondjé s'élèvent au rang des mzugua et ceux-ci à celui des mfomanamdji

Guzi

Le groupe des guzi est une sorte de classe d'attente réservée à tous ceux qui, faute de moyens, ne sont pas encore parvenus à célébrer solennellement l'ensemble des étapes du grand mariage notamment la dernière que l'on appelle undjadahoni (entrée dans la maison). Les guzi sont peu considérés dans le village et sont rarement associés aux débats de grande envergure. Dans beaucoup de villages, ils sont surnommés wandrutsao (personnes que voilà). Il s'agit là d'un statut humiliant pour l'individu qui met en permanence en cause son 'shéo'(honneur). Dans les situations les plus critiques, le guzi n'hésite pas à vendre un champ, une maison ou tout autre bien précieux afin de préserver sa dignité, en s'élevant au rang de mdrumdzima. Ceux qui sont parvenus à organiser les festivités du undjadahoni changent naturellement de statut et deviennent alors des personnalités, bien accueillies et respectées dans les assemblées.

Undruudzima

Le passage du unamdji au undruudzima nécessite la réalisation du grand-mariage. Cette classe des mdru-mdzima n'est pas homogène et sa structure varie beaucoup d'un village à un autre et d'une région à une autre. A l'issue des importantes festivités requises, le villageois est désormais considéré comme l'homme qui a toujours de bonnes idées (mdru-wa-fikra) et que l'on est tenu de consulter chaque fois que l'on veut prendre une décision importante dans le village. Tandis que les mnamdji constituent le groupe le plus actif du village en s'occupant des grands travaux d'aménagement et de l'animation culturelle, les mdrumdzima, eux, incarnent l'autorite suprême du village. Ils prennent les décisions les plus importantes, celles qui engagent l'ensemble des villageois. Elles sont généralement sans appel. Le mdrumdzima appartient aux catégories sociales les plus à l'honneur des villages, aussi bien dans les réunions publiques que dans les cérémonies coutumières. Il peut prendre librement la parole dans les différents rassemblements du village et est associé en permanence au partage des dons offerts dans les festivités du 'ndola nkuu'(grand-mariage), qu'il a lui-même en principe réalisé avec faste et magnificence.

Au niveau supérieur des mdrumdzima on trouve les mfomamaji (roi du village). Ceux-ci ont réalisé non seulement leur grand-mariage, ainsi que celui de leur fille aînée mais aussi et enfin offert aux villageois ce que l'on appelle 'mbe-ya-maji'(bœuf du village). La structure sociale a ses règles à tous les niveaux. Les infractions à la hiérarchie villageoise sont sanctionnées par un 'maU'(amende), décidée par les anciens : présent d'excuse consistant généralement en un cabri ou un bœuf remis au groupe supérieur. Ainsi, lorsque un mshondjé s'est adressé en public à un membre d'un groupe supérieur, ou a refusé d'exécuter un ordre, ou de céder le passage, il peut être sanctionné par un mau. Le mau est imposé à la famille du fautif tenue pour collectivement responsable; jusqu'au paiement, celle-ci sera frappée d'ostracisme et tenue à l'écart de toutes les cérémonies villageoises.

Anda

Intro

Si l'avènement de la colonisation avait relativement terni la réputation du mdrumdzima, elle ne l'avait pas pour autant relégué au second plan. Repliés dans leurs villages, les mdrumdzima constituaient une sorte de contre-pouvoir que les autorités coloniales ne pouvaient ignorer. Ils n'acceptaient les institutions modernes que lorsque celles-ci respectaient la conception sociale traditionnelle. Les années récentes ont vu toutefois des atteintes plus sérieuses à l'encontre du système.

Boto

Le terme boto désigne un jeune homme épris de mode et de fantaisie. Aux Comores, il désigna les jeunes, révoltés contre l'ordre social traditionnel en général et contre l'autorité parentale en particulier. Les boto furent des années durant, au centre de la polémique sociale.

Le uboto prit naissance à Moroni à la fin des années 1968-1969. En plus de son rôle politique important, la ville de Moroni attirait beaucoup à l'époque la jeunesse comorienne par son rayonnement culturel : prolifération des associations culturelles et musicales, grands spectacles culturels à l'Alliance Française et à l'Al Camar etc. Ce furent d'ailleurs les jeunes souvent issus de ces différents milieux culturels qui véhiculèrent d'une façon ou d'une autre le uboto qui ne tarda pas à gagner les autres villages de l'île ainsi que Mohéli, Anjouan et Mayotte. Cette contestation a été 'récupérée' sans difficulté par la société traditionnelle et a laissé son empreinte sur la littérature orale, en particulier dans les chansons.

Contestation

La période révolutionnaire qui a suivi l'indépendance de l'archipel a vu une tentative de réforme brutale de la société comorienne. Le régime, dirigé par Ali Soilihi, mit sur pied dans les villages des comités de jeunes révolutionnaires fanatisés qui se substituèrent au pouvoir traditionnel du undruudzima et du unamaji. Mal préparés à un tel bouleversement socio-politique et refusant de suivre l'enthousiasme des jeunes, les Comoriens, dans leur grande majorité, s'opposèrent d'une manière ou d'une autre à cette refonte radicale de la société. Les révolutionnaires avaient oublié que traditionnellement chez le Comorien la suprématie est accordée aux valeurs religieuses et coutumières : religieuses parce que l'Islam, ciment de la société comorienne, fait partie des valeurs fondamentales dont les Comoriens tirent toute leur morale sociale; coutumières parce que, tout acte social doit trouver sa justification dans le ânda. Ce système mis en pratique pendant une période de trois ans, qui fut surnommée par les Comoriens 'maha miraru ya tabu'(trois années de malheurs), a sensiblement affaibli les structures sociales traditionnelles sans pour autant parvenir à convaincre la majorité des Comoriens de sa supériorité. Ainsi, dès le retour aux affaires du président Ahmed Abdallah en 1978, l'ancien régime fut-il restauré sans difficulté et les activités sociales liées au anda reprirent-elles de plus belle, comme si de rien n'était. Ceux qui n'avaient pas pu réaliser certaines festivités du anda ou qui les avaient réalisées partiellement ont même dû les re-célébrer. Actuellement, les Comoriens continuent à vivre une situation plus au moins ambiguè qui reconnaît à la fois les institutions traditionnelles dans leur intégrité et celles élaborées en 1978 qui fondent la République Fédérale Islamique des Comores.

Surnaturel

Intro

La légende historique veut que ce soient les djinns qui aient fondé les premières localités de l'archipel. Ils seraient venus, de la mer, au temps reculé du Prophète Salomon. Une fois installés dans les îles, ils se seraient mariés d'abord entre eux puis avec les humains. De ces unions seraient nés des hommes-djinns dont les exploits légendaires demeurent encore vivants dans l'imagerie populaire. Dans cette optique, S. Chouzour (1989) cite, en reprenant le prince Said Houssein (1982), le cas de l'un des derniers grands mwalimu (devin-astrologue) de Moroni, Djoumbe Foumou, qui aurait épousé une femme djinn. Ceci aurait été, dans les temps jadis, une pratique courante que Said Houssein fait remonter au temps des maferembwe.

Les croyances dont font état ces légendes, et que l'Islam, bien ancré dans les mentalités des Comoriens, n'a pas su enrayer totalement, sont toujours vivantes. Les djinns sont, à beaucoup d'égards, bien acceptés par la population. Leur existence est d'ailleurs admise par le Coran. Dans ce dernier, il est dit que Dieu, le Tout Puissant, a créé les hommes au même titre que les djinns.

Djinns

Les séras (diables), eux, sont représentés comme les ennemis jurés des hommes en général et des musulmans en particulier. Contrairement aux djinns, les sera ignorent l'Islam et seraient ainsi assimilés à Satan, Shetwani.

Djinns et Séras peuvent se manifester au cours de cérémonies de possession dites 'ngoma-za-madjini' organisées par un fundi 'wa-madjini'(maître des djinns). Autour de lui sont réunies diverses personnes, 'possédées' ou sièges d'esprit, ainsi que des joueurs de percussion; les rythmes frappés sont à même de faire 'lever' les esprits et le fundi-wa-madjini saura les identifier, interpréter leurs vœux et faire en sorte qu'ils ne perturbent pas les humains. En effet, de nombreuses maladies sont interprétées comme résultant d'une intervention d'un esprit sur une personne. La guérison ne peut alors être obtenue que si l'esprit délaisse la personne. En plus des djinns et des séras, l'univers surnaturel des comoriens comprend les trumba ou esprits malgaches. Ceux-ci hantent surtout les comoriens ayant séjourné à Madagascar et réclament généralement de l'alcool pour se manifester.